Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome29.djvu/173

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tage des dépouilles, et celles de la compagnie française ont été des plaintes et des cris de vaincus s’accusant les uns les autres de leurs infortunes au milieu de leurs débris.

On a voulu, dans le parlement d’Angleterre, ravir au lord Clive et à ses officiers les richesses immenses acquises par leurs victoires. On a prétendu que tout devait appartenir à l’État, et non à des particuliers, ainsi que le parlement de Paris semblait l’avoir préjugé. Mais la différence entre le parlement d’Angleterre et celui de Paris était infinie, malgré l’équivoque du nom : l’un représentait légalement la nation entière ; l’autre était un simple tribunal de judicature, chargé d’enregistrer les édits des rois. Le parlement anglais décida, le 24 mai 1773, qu’il était honteux de redemander dans Londres au lord Clive et à tant de braves gens le prix légitime de leurs belles actions dans l’Inde ; que cette bassesse serait aussi injuste que si on avait voulu punir l’amiral Anson d’avoir fait le tour du globe en vainqueur ; et qu’enfin le plus sûr moyen d’encourager les hommes à servir leur patrie était de leur permettre de travailler aussi pour eux-mêmes. Ainsi il y eut en tout une différence prodigieuse entre le sort de l’Anglais Clive et celui de l’Irlandais Lally ; mais l’un était vainqueur, et l’autre vaincu ; l’un s’était fait aimer, et l’autre s’était fait détester.

De savoir à présent ce que deviendra la compagnie anglaise ; de dire si elle établira sa puissance dans le Bengale et sur la côte de Coromandel sur d’aussi bons fondements que les Hollandais en ont jeté à Batavia ; ou si les Marattes et les Patanes, trop aguerris, prévaudront contre elle ; si l’Angleterre dominera dans l’Inde comme dans l’Amérique septentrionale… c’est ce que le temps doit apprendre à notre postérité. Ce que nous savons de certain jusqu’à présent, c’est que tout change sur la terre[1].


ARTICLE XXI.[2]


DE LA SCIENCE DES BRACHMANES.


C’est une consolation de quitter les ruines de la compagnie française des Indes, l’échafaud sur lequel le meurtre de Lally fut commis, et les malheureuses querelles de nos marchands et

  1. C’est ici que s’arrêtait la première partie. Ce qui suit parut quelques semaines après.
  2. Malgré ce que dit Wagnière que la fin de ces fragments n’a été écrite qu’en 1774, elle est de 1773. Voyez le dernier alinéa de l’article xxxiv, page 206.