Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome29.djvu/200

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humain pour apaiser le ciel, il n’y eut jamais de fêtes instituées par les magistrats pour favoriser le libertinage. Il se mêle bientôt aux fêtes, mais il n’en fut jamais l’objet. Les excès des orgies de Bacchus, à la fin réprimés par les lois, n’avaient pas certainement été ordonnés par les lois. Au contraire, les prêtresses de Bacchus, dans Athènes, juraient « d’observer la chasteté, et de ne point voir d’hommes[1] ». Partout les prêtres voulurent être terribles, mais nulle part méprisables. Les plus infâmes débauches accompagnèrent souvent nos pèlerinages, et n’étaient point commandées.

Nous avons une ordonnance de 1671, renouvelée en 1738, par laquelle il est défendu, sous peine des galères, d’aller à Notre-Dame de Lorette et à Saint-Jacques en Galice sans une permission expresse signée d’un secrétaire d’État. Ce n’est pas que les chapelles de Saint-Jacques et de la Vierge aient été instituées pour le libertinage.


ARTICLE XXX.


ÉPREUVES.


Ces épreuves d’un pain d’orge qu’on mange sans étouffer ; de l’eau bouillante, dans laquelle on enfonce la main sans s’échauder ; le plongement dans la rivière sans se noyer ; une barre de fer rouge qu’on touche, ou sur laquelle on marche sans se brûler ; toutes ces manières de trouver la vérité, tous ces jugements de Dieu, si usités autrefois dans notre Europe, ont été et sont encore communs dans l’Inde. Tout vient d’Orient, le bien et le mal. Il n’est pas étonnant que, pour découvrir les crimes secrets, pour effrayer les coupables, et pour manifester l’innocence accusée, on ait imaginé que Dieu même interrompait les lois de la nature. On se permit du moins cet artifice. Si tu es coupable, avoue, ou Dieu va te punir. Cette formule pouvait être un frein au crime chez le peuple grossier.

L’épreuve la plus commune dans l’Inde était l’eau bouillante : si l’accusé en retirait sa main saine, il était déclaré innocent. Il y a plus d’une manière de subir cette épreuve impunément. On peut remplir le vase d’eau bouillante et d’huile froide qui surnage. On peut avoir un vase à double fond, dans lequel l’eau froide sera séparée en haut de l’eau qui bouillira dans la partie

  1. Démosthène, dans son Plaidoyer contre Neæra. (Note de Voltaire.)