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l’Inde, dès l’an 975 de notre ère jusque vers 1420, quand le Tartare Timur vint fondre sur eux comme un vautour sur d’autres oiseaux carnassiers.

C’était le temps où notre Europe occidentale n’avait presque aucun commerce avec l’Orient. C’était la fin du grand schisme[1], aussi ridicule qu’affreux, qui désola l’Italie, l’Allemagne, l’Angleterre, la France, et l’Espagne, pour savoir lequel de trois fripons serait reconnu pour le vicaire infaillible de Dieu[2]. C’était l’époque où un roi, devenu fou, déshérita son fils pour donner le royaume de France à un étranger son vainqueur[3]. Nos contrées, alors barbares par les mœurs et par l’ignorance, avaient leurs malheurs de toute espèce, comme la riche Asie avait les siens.


ARTICLE XXXII.


DE L’HISTOIRE INDIENNE DEPUIS TAMERLAN JUSQU’À M. HOLWELL.


Nous avons été étonnés que notre auteur persan n’ait fait qu’une mention courte, froide et sèche, de ce Tamerlan, fondateur du trône des Mogols. Apparemment qu’il n’a pas voulu répéter ce qu’en avaient dit Abulcazi et le Persan Mircond[4]. Il épargne ses lecteurs. Une telle retenue est bien contraire à la profusion de nos Européans, qui répètent tous les jours ce qu’on a publié cent fois, et qui, pour notre malheur, ne répètent souvent que des fables.

Féristha nous apprend du moins que le tyran Tamerlan, après avoir vaincu la Perse, vint combattre sous les murs de Delhi un tyran nommé Mahmoud, qu’on dit fou et aussi méchant que lui, et qui opprima les peuples pendant vingt années. Tamerlan vengea l’Inde de ce brigand couronné ; mais qui la vengea de Tamerlan ? Quel droit avait sur les terres de l’Indus et du Gange un Tartare, un obscur mirza d’un petit désert nommé Kech ou Gash ? Il exerça d’abord ses brigandages vers Caboul, comme nous avons vu[5] Abdala commencer les siens, après avoir

  1. Le grand schisme d’Occident, commencé le 27 auguste 1378, ne s’éteignit entièrement que le 20 juillet 1429. Ce fut en 1420 que Charles VI déshérita son fils, en faveur du roi d’Angleterre Henri V. (Cl.)
  2. Voyez tome XI, page 546.
  3. Voyez tome XII, page 45.
  4. Aboul-Ghazy-Béhader, prince de la famille de Djenguyz-kan (Gengis-kan), mort en 1663-4, selon M. Langlès ; et Hamam Eddyn Mirkhawend Mohammed, vulgairement appelé Mirkhond, mort en 1498, selon M. Audiffret. (Cl.)
  5. Voyez page 112.