Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome32.djvu/211

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ACTE II, SCÈNE III. ;«il

Qu'Achille aime autrement que Tin is el Philène 1 ,

Un vieux capitaine romain qui fait remarquer sos soupirs à sa maîtresse est au-dessous de Tircis : car Tircis soupirera sans le dire, el ce sera sa maîtresse qui s'en apercevra.

Qu'un amant passionné soil attendri, ému, troublé, qu'il sou- pire; mais qu'il ne dise pas : Voyez comme je suis attendri, comme je suis ému, comme je suis touché, comme je soupire. Cette pusillanimité dans laquelle Corneille l'ait tomber Sertorius et Viriate est une preuve Lien manifeste de ce que nous avons dit tant de fois 2 , que l'amour s'étail emparé du théâtre très-longtemps avant Racine; qu'il n'y avait aucune pièce où cette passion n'en- trât, et c'était presque toujours mal à propos. Encore une fois 3 , l'amour n'a jamais bien été traité que dans les scènes du Cid, imitées de Guillem de Castro, jusqu'à VAndromaque de Racine; je dis jusqu'à VAndromaque, cardans la Thèbaïde et dans Alexandre on sent que Racine suit la mauvaise route que Corneille avait tracée : c'est l'unique raison peut-être pour laquelle ces deux pièces n'intéressent point du tout.

SCÈNE III.

Vers 1. Sa dureté m'étonne, et jo ne puis, madame...

Il est assez difficile de comprendre comment Thamire peut parler de dureté après ces hélas et ces soupirs.

Vers 2. L'apparence t'abuse; il m'aime au fond de l'àme.

Rien n'est assurément moins tragique qu'une femme qui dit qu'un homme l'aime. C'est de la comédie froide.

Vers 3. Quoi! quand pour un rival il s'obstine au refus...

Quoi quand forme une cacophonie désagréable.

Vers 4. Il veut que je l'amuse, et ne veut rien de plus.

Viriate, dans cet hémistiche comique, ne dit point ce qu'elle doit dire. Sa vanité lui persuade qu'elle est aimée, et que Serto- rius sacrifie son amour à l'amitié. Ce n'est pas là un amusement. Il faut convenir que rien n'est plus éloigné du caractère île la tragédie.

1. Boileau, Art poétique, III, 99.

2. Voyez tome XVII, page 413; et tome XXXI, pages 403, .Vit, 528; et aussi la Lettre à Maffei, on tête de Mérope, tome IV.

3. Voyez tome XXXI, pages 403 et .'.28.

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