Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome35.djvu/411

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1253. — À M. HELVÉTIUS,
à paris.
À Bruxelles, ce 24 mars.

Je vous renvoie, mon cher ami, le manuscrit que vous avez bien voulu me communiquer. Vous me donnez toujours les mêmes sujets d’admiration et de critique. Vous êtes le plus habile architecte que je connaisse, et celui qui se passe le plus volontiers du ciment. Vous seriez trop au-dessus des autres si vous vouliez faire attention combien les petites choses servent aux grandes, et à quel point elles sont indispensables ; je vous prie de ne pas les négliger en vers, et surtout dans ce qui regarde votre santé ; vous m’avez trop alarmé par le danger où vous avez été. Nous avons besoin de vous, mon cher enfant en Apollon, pour apprendre aux Français à penser un peu vigoureusement ; mais moi, j’en ai un besoin essentiel, comme d’un ami que j’aime tendrement, et dont j’attends plus de conseils dans l’occasion que je ne vous en donne ici.

J’attends la pièce de M. Gresset. Je ne me presse point de donner Mahomet, je le travaille encore tous les jours. À l’égard de Pandore, je m’imagine que cet opéra prêterait assez aux musiciens ; mais je ne sais à qui le donner. Il me semble que le récitatif en fait la principale partie, et que le savant Rameau néglige quelquefois le récitatif. M. d’Argental en est assez content ; mais il faut encore des coups de lime. Ce M. d’Argental est un des meilleurs juges, comme un des meilleurs hommes que nous ayons. Il est digne d’être votre ami. J’ai lu l’Optique[1] du Père Castel. Je crois qu’il était aux petites-maisons quand il fit cet ouvrage. Il n’y en a qu’un que je puisse lui comparer, c’est le quatrième tome[2] de Joseph Privât de Molières, où il donne de son cru une preuve de l’existence de Dieu propre à faire plus d’athées que tous les livres de Spinosa, Je vous dis cela en confidence. On me parle avec éloge des détails d’une comédie[3] de Boissy ; je n’en croirai rien de bon que quand vous en serez content. Le janséniste Rollin continue-t-il toujours à mettre en d’autres mots[4] ce que tant d’autres ont écrit avant lui ? et son parti préconise-t-il tou-

  1. Optique des couleurs ; Paris, 1740, in-12.
  2. Le quatrième tome des Leçons de physique de l’abbé de Molières parut en 1739.
  3. Les Dehors trompeurs.
  4. Rollin était alors occupé du quatrième tome de son Histoire romaine.