Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome42.djvu/194

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4978. — À M. DE LA MOTTE-GEFRARD.
Aux Délices, le 25 juillet.

Vous m’avez envoyé un trésor, monsieur, j’en ferai bientôt usage ; il y a des mots de Henri IV qui pénètrent l’âme. Il y a des anecdotes curieuses, mais les paroles de ce grand roi sont plus curieuses encore. Il aimerait mieux, dit-il, être turc que catholique[1]. Mais dans quel temps s’exprime-t-il ainsi ? C’est lorsque les prédicateurs canonisaient en chaire l’empoisonneur du prince de Condé, et qu’ils excitaient les bons catholiques à empoisonner ou à assassiner le grand Henri. Dieu préserve son successeur des billets de confession, et des Damiens, et de la guerre avec les Anglais ! Je vous souhaite, monsieur, l’avancement que vous méritez ; et au roi, beaucoup d’officiers qui pensent comme vous.

Recevez les très-humbles et très-respectueux remerciements de votre obligé serviteur.


4979. — À M. CATHALA,
pour madame calas[2].
26 juillet 1762.

M. Héron, premier commis du grand conseil, me mande qu’il est très-instruit de l’horrible arrêt de Toulouse. Il est d’avis qu’on porte à M. de Saint-Florentin la requête au roi signée de la veuve Calas, afin que l’affaire soit portée au conseil des dépêches. J’avais toujours été de cet avis ; cette voie m’a paru, comme à M. Héron, la plus sûre et la plus prompte. Je crois que Mme Calas ou quelqu’un de ses amis bien instruits doit aller sur-le-champ chez M. Héron lui parler avec l’attendrissement le plus touchant et la plus entière confiance. C’est l’homme du monde le plus capable de donner les meilleurs conseils et de rendre les plus grands services. Il demeure rue Taranne, faubourg Saint-Germain.

J’insiste toujours pour que cette affaire, qui doit intéresser le genre humain, soit suivie avec une chaleur que rien ne ralentisse.

Je suis d’avis qu’on fasse venir, de Toulouse, une attestation

  1. Henri IV dit : « Si je n’étais huguenot, je me ferais turc ; » voyez tome XII, page 567.
  2. Éditeur, A. Coquerel.