Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome5.djvu/73

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Mais distingué, l'honneur fut ma fortune.


LA MARQUISE

Vous êtes donc né de condition ?


LA BARONNE

Fi ! Quelle idée !


LE PAYSAN

A la marquise,

Hélas ! Madame, non ;
Mais je suis né d'une honnête famille :
Je méritais peut-être une autre fille.
Que vouliez-vous de mieux ?


LE COMTE

Eh ! Poursuivez.


LA MARQUISE

Mieux que Nanine ?


LE COMTE

Ah ! De grâce, achevez.


LE PAYSAN

J'appris qu'ici ma fille fut nourrie,
Qu'elle y vivait bien traitée et chérie.
Heureux alors, et bénissant le ciel,
Vous, vos bontés, votre soin paternel,
Je suis venu dans le prochain village,
Mais plein de trouble et craignant son jeune âge,
Tremblant encor, lorsque j'ai tout perdu,
De retrouver le bien qui m'est rendu.

Montrant la baronne,

Je viens d'entendre, au discours de madame,
Que j'eus raison : elle m'a percé l'âme ;
Je vois fort bien que ces cent louis d'or[1],
Des diamants, sont un trop grand trésor
Pour les tenir par un droit légitime ;
Elle ne peut les avoir eus sans crime.
Ce seul soupçon me fait frémir d'horreur,
Et j'en mourrai de honte et de douleur.
Je suis venu soudain pour vous les rendre :
Ils sont à vous ; vous devez les reprendre,
Et si ma fille est criminelle, hélas !
Punissez-moi, mais ne la perdez pas.

  1. Il est question de trois cents louis d’or, dans la scène ix de l’actc Ier : voyez page 31.