Page:Voltaire - Dictionnaire philosophique portatif, 6e édition, tome 1.djvu/251

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qui percent les cœurs ; il porte un bandeau qui cache les défauts de ce qu’on aime.

La sagesse est conçue dans le cerveau du maître des dieux sous le nom de Minerve ; l’ame de l’homme est un feu divin que Minerve montre à Prométhée, qui se sert de ce feu divin pour animer l’homme.

Il est impossible de ne pas reconnaître dans ces fables une peinture vivante de la nature entière. La plupart des autres fables sont ou la corruption des histoires anciennes, ou le caprice de l’imagination. Il en est des anciennes fables comme de nos contes modernes ; il y en a de moraux qui sont charmants, il y en a qui sont insipides.

Les fables des anciens peuples ingénieux ont été grossièrement imitées par des peuples grossiers, témoin celles de Bacchus, d’Hercule, de Prométhée, de Pandore & tant d’autres ; elles étaient l’amusement de l’ancien monde. Les barbares qui en entendirent parler confusément les firent entrer dans leur mythologie sauvage, & ensuite ils osèrent dire, C’est nous qui les avons inventées. Hélas ! pauvres peuples ignorés & ignorans, qui n’avez connu aucun art ni agréable, ni utile, chez qui même le nom de géométrie ne parvint jamais, pouvez-vous dire que vous avez inventé quelque chose ? Vous n’avez su ni trouver des vérités ni mentir habilement.

fanatisme

Le fanatisme est à la superstition, ce que le transport est à la fièvre, ce que la rage est à la colère. Celui qui a des extases, des visions, qui prend des songes pour des réalités, & ses imaginations pour des prophéties, est un enthousiaste ; celui qui soutient sa folie par le meurtre, est un fanatique. Barthélemi Diaz, retiré à Nuremberg, qui était fermement convaincu que le pape est l’Antéchrist de l’Apocalypse, & qu’il a le signe de la bête, n’était qu’un enthousiaste ;