Page:Voltaire - Dictionnaire philosophique portatif, 6e édition, tome 2.djvu/131

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abolissement des jésuites en France, est un beaucoup plus grand miracle que ceux de Xavier & d’Ignace.

Quoi qu’il en soit, tous les chrétiens conviennent que les miracles de Jésus-Christ & des apôtres sont d’une vérité incontestable ; mais qu’on peut douter à toute force, de quelques miracles faits dans nos derniers temps, & qui n’ont pas eu une authenticité certaine.

On souhaiterait, par exemple, pour qu’un miracle fût bien constaté, qu’il fût fait en présence de l’Académie des sciences de Paris, ou de la Société royale de Londres, & de la Faculté de médecine, assistées d’un détachement du régiment des gardes, pour contenir la foule du peuple, qui pourrait par son indiscrétion empêcher l’opération du miracle.

On demandait un jour à un philosophe, ce qu’il dirait, s’il voyait le soleil s’arrêter, c’est-à-dire, si le mouvement de la terre autour de cet astre cessait ; si tous les morts ressuscitaient, & si toutes les montagnes allaient se jeter de compagnie dans la mer, le tout pour prouver quelque vérité importante, comme par exemple, la grace versatile ? Ce que je dirais, répondit le philosophe, je me ferais manichéen ; je dirais qu’il y a un principe qui défait ce que l’autre a fait.