Page:Voltaire - La Raison par alphabet, 6e édition, Cramer, 1769, tome 1.djvu/359

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Idole, Idolâtre, Idolâtrie.

hacha en morceaux avec un saint couperet le Roi Agag prisonnier de guerre à qui Saül avait pardonné, & Saül fut réprouvé pour avoir observé le droit des gens avec ce Roi ; mais Dieu maître des hommes, peut leur ôter la vie quand il veut, comme il le veut, & par qui il veut ; & ce n’est pas aux hommes à se mettre à la place du maître de la vie & de la mort, & à usurper les droits de l’Être suprême.

Pour consoler le genre humain de cet horrible tableau, de ces pieux sacrilèges, il est important de savoir que chez presque toutes les nations nommées idolâtres, il y avait la théologie sacrée & l’erreur populaire, le culte secret & les cérémonies publiques, la religion des sages & celle du vulgaire. On n’enseignait qu’un seul Dieu aux initiés dans les mystères : il n’y a qu’à jeter les yeux sur l’hymne attribué à l’ancien Orphée, qu’on chantait dans les mystères de Cérès Éleusine, si célèbre en Europe & en Asie : « Contemple la nature divine, illumine ton esprit, gouverne ton cœur, marche dans la voie de la justice, que le Dieu du ciel & de la terre soit toûjours présent à tes yeux ; il est unique, il existe seul par lui-même, tous les êtres tiennent de lui leur existence : il les soutient tous ; il n’a jamais été vu des mortels, & il voit toutes choses. »

Qu’on lise encor ce passage du philosophe Maxime de Madaure, dans sa Lettre à St. Augustin : « Quel homme est assez grossier, assez