Page:Voltaire - La Raison par alphabet, 6e édition, Cramer, 1769, tome 1.djvu/364

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Inondation.

Les lits, les couches de coquilles qu’on a découverts à quelques lieuës de la mer, sont une preuve incontestable qu’elle a déposé peu à peu ces productions maritimes sur des terrains qui étaient autrefois les rivages de l’Océan ; mais que l’eau ait couvert entièrement tout le globe à la fois, c’est une chimère absurde en physique, démontrée impossible par les loix de la gravitation, par les loix des fluides, par l’insuffisance de la quantité d’eau. Ce n’est pas qu’on prétende donner la moindre atteinte à la grande vérité du déluge universel rapporté dans le Pentateuque ; au contraire, c’est un miracle, donc il le faut croire ; c’est un miracle, donc il n’a pu être exécuté par les loix physiques.

Tout est miracle dans l’histoire du déluge. Miracle que quarante jours de pluye aient inondé les quatre parties du monde, & que l’eau se soit élevée de quinze coudées au-dessus de toutes les plus hautes montagnes ; miracle qu’il y ait eu des cataractes, des portes, des ouvertures dans le ciel ; miracle que tous les animaux se soient rendus dans l’arche de toutes les parties du monde ; miracle que Noé ait trouvé de quoi les nourrir pendant dix mois ; miracle que tous les animaux aient tenu dans l’arche avec leurs provisions ; miracle que la plupart n’y soient pas morts ; miracle qu’ils aient trouvé de quoi se nourrir en sortant de l’arche ; miracle encor, mais d’une autre espèce, qu’un nommé Palletier ait cru expliquer comment tous les animaux ont pu tenir & se nourrir naturellement dans l’arche de Noé.