Page:Wagner - À Mathilde Wesendonk, t1, 1905, trad. Khnopff.djvu/119

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Quant à nous deux, toi et moi, loin ou près, nous sommes unis, nous ne faisons qu’un ! —

24 Octobre.

Comme je dépends de toi, ma bien-aimée ! je l’ai si profondément senti, ces derniers jours. Par toi seulement j’avais acquis la belle sérénité de mon âme : je te savais si haute et purifiée, que je devais l’être avec toi. Et, à présent, voici venir ce deuil, cette douleur mélancoliquement grave, de te savoir affligée par la perte de ton fils ![1] Quel changement soudain ! Toute fierté, tout apaisement si vite évanouis dans un frémissement de tendre angoisse ; chagrin profond, larmes, deuil ! Le monde, à peine édifié, vacille, le regard ne le voit plus qu’à travers les pleurs. La puissance de l’extérieur est venue frapper à la porte de nos âmes, pour vérifier si tout y est sincère. Ce fut une période grave. Me sauras-tu gré de ce qu’en ces jours je n’ai pensé que bien péniblement à mon travail, je pourrais presque dire pas du tout ?... Mais je n’en conclus cependant pas, qu’il s’agit d’une fausse vocation pour moi ; je suis persuadé plutôt que ce travail même ne constitue qu’une expression de mon être, lequel dispose encore d’autres, et plus sûrs moyens de s’ex-

  1. Comparez la lettre à Wesendonk (Lettres de R. Wagner à Otto Wesendonk). Le petit Guido mourut à l’âge de 3 ans, le 13 Octobre 1858, à Zurich.
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