Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t1.djvu/516

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Lui, seul hibou payant, comme son bail le porte :
Pour vingt-cinq écus l’an, dont : remettre une porte.

Pour les gens du pays, il ne les voyait pas :
Seulement, en passant, eux regardaient d’en bas,
Se montrant du nez sa fenêtre ;
Et l’on se doutait bien que c’était un lépreux ;
Et le maire disait : « Moi, qu’est-ce que j’y peux ?
C’est plutôt un Anglais… un Etre. »

— Lui, c’était simplement un long flâneur, sec, pale ;
Un ermite-amateur, chassé par la rafale…
Il avait trop aimé les beaux pays malsains.
Condamné des huissiers, comme des médecins,
Il avait posé là, soûl et cherchant sa place
Pour mourir seul ou pour vivre par contumace…

Faisant, d’un à peu près d’artiste,
Un philosophe d’à peu près,
Râleur de soleil ou de frais,
En dehors de l’humaine piste.

Il lui restait encore un hamac, une vielle,
Un barbet qui dormait sous le nom de Fidèle ;
Non moins fidèle était, triste et doux comme lui,
Un autre compagnon qui s’appelait l’Ennui.

Se mourant en sommeil, il se vivait en rêve,
Son rêve était le flot qui montait sur la grève,

Le flot qui descendait ;
Quelquefois, vaguement, il se prenait attendre…
Attendre quoi… le flot monter — le flot descendre —

Ou l’absente… Qui sait ?

Le sait-il bien lui-même !… Au vent de sa guérite,
A-t-il donc oublié comme les morts vont vite,
Lui, ce viveur vécu, revenant égaré ?
Cherche-t-il son follet, à lui, mal enterré ?

— Certe, Elle n’est pas loin, celle après qui tu brames.
N’apparais pas, mon vieux, triste et faux déterré…
Fais le mort si tu peux… Car Elle t’a pleuré 1

— Est-ce qu’il pouvait, Lui !… n’était-il pas poète…
Immortel comme un autre ?… Et dans sa pauvre tête