Page:Walpole - Le chateau d'Otrante, partie 1, trad Eidous, 1767.djvu/124

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LE CHÂTEAU

qui coule dans mes veines… Oui, dit le Moine en l’interrompant, ſon ſang eſt noble, & il n’eſt point auſſi abject que vous le penſez. Il eſt mon fils légitime, & il n’y a point en Sicile de maiſon plus ancienne que celle de Falconara… Mais, hélas ! qu’eſt-ce que le ſang ! qu’eſt-ce que la Nobleſſe ! Nous ſommes tous des reptiles, des créatures malheureuſes & péchereſſes. Ce n’eſt que la piété ſeule qui nous diſtingue de la pouſſière d’où nous ſommes ſortis, & où nous devons retourner… Trêve à votre ſermon, lui dit Manfred : vous oubliez que vous n’êtes plus le Frère Jérôme, mais le Comte de Falconara. Racontez-moi votre hiſtoire : vous aurez tout le temps de moraliſer, ſi vous n’obtenez pas la grâce du criminel que voilà. Mère de Dieu ! s’écria le Religieux, ſe peut-il que Votre Alteſſe refuſe à un père la vie d’un fils unique, d’un fils qu’il a perdu depuis ſi