Page:Walter - Voyage autour du monde fait dans les années 1740, 1, 2, 3, 4, 1749.djvu/132

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et de nos Matelots, les marques des coups paroissant en divers endroits de leurs Corps. Cette flamme, qui se fit aussi sentir par une très forte odeur de souffre, étoit sans doute de même nature que les éclats de la foudre dont l’air paroissoit embrasé.

Ce seroit abuser de la patience du Lecteur, que de vouloir descendre dans le détail des accidens, des frayeurs et de la fatigue, que nous eumes à essuyer sur cette Côte, et qui ne firent qu’augmenter jusqu’au 22 de Mai, qu’on eut dit que toutes les Tempêtes, que nous avions endurées jusqu’alors, s’étoient réunies et avoient conspiré notre perte. Cet Ouragan nous déchira presque toutes nos voiles, et mit en pièces la plus grande partie de nos agrés. Vers les huit heures du soir, une vague, telle qu’une Montagne, vint fondre sur nous à tribord, et nous donna une si furieuse secousse, que plusieurs de nos Haubans sautèrent, par où nos Mâts furent en grand danger de rompre : notre Lest et nos Provisions furent si dérangées que notre Vaisseau se trouva considérablement sur le côté à Basbord. Ce coup nous consterna, car nous nous attendions à tout moment à couler à fonds ; et quoique le vent s’abaissat peu d’heures après, comme il ne nous restoit plus de voiles en état de servir, notre Vaisseau resta exposé aux vagues d’une grosse Mer. Les roulis étoient si violens, que nous comptions à tout moment de voir tomber nos Mâts, qui n’étoient plus que très faiblement soutenus. Cependant, nous employions tout ce que nous avions de forces à assurer nos Haubans, à mettre des palanquins de ris, et à racomoder nos voiles ; mais tandis que nous étions occupés de ces travaux nécessaires, nous courumes grand risque d’être affalés sur la Côte de l’Ile de Chiloé, dont nous n’étions pas fort éloignés. Par bonheur le vent sauta au Sud, et nous donna lieu de sortir de ce péril, et de nous éloigner de la Côte, en ne nous servant que de la grande voile seule. Je me joignis au Maitre, et l’aidai à régir le Gouvernail, pendant que tout le reste de nos gens s’occupoit à assurer nos Mâts, et à tendre les voiles, aussitôt qu’elles étoient réparées. Cette tempête fut la dernière que nous eumes à essuyer en sortant de ces Climats orageux, car deux jours après, nous nous trouvames en pleine mer avec le tems le plus doux que nous eussions eu depuis que nous eumes passé le Détroit de Le Maire. Après avoir croisé vainement en cet endroit, pendant plus de quinze jours, pour y attendre les autres Vaisseaux de notre Escadre, il fut résolu de profiter du tems favorable, qui nous avoit déja si bien servi à nous dégager de ces Côtes terribles, et de gagner le plutôt possi-