Page:Walter - Voyage autour du monde fait dans les années 1740, 1, 2, 3, 4, 1749.djvu/188

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pré étoit rompu, et un autre pourri ; que les Serre-goutières étoient ouvertes et gâtées ; que plusieurs Taquets étoient rompus, et d’autres pourris ; que toute la ferrure étoit presque usée ; que les Lisses et les Ceintes étoient pourries, et qu’ayant ôté une partie du doublage, ils avoient trouvé le Franc-bord en très mauvais état ; et enfin, que la Proue et les Ponts faisoient eau. Qu’ainsi ils certifioient, que la Pinque ne pouvoit sans courir risque de périr, remettre en Mer, à moins que d’avoir prémierement bien été réparée.

Le radoub de la Pinque, tel que les Charpentiers le proposoient, étoit une chose absolument impossible, dans la situation où nous étions, tout le bois et le fer que nous aurions pu trouver sur l’Escadre n’y auroit pas suffi. Ainsi le Maitre se voyant confirmé dans son opinion, par le jugement des Charpentiers, prit le parti de présenter une requête à Mr. Anson, pour le prier au nom de ses Propriétaires, de vouloir acheter le Corps et les Agrés de la Pinque, pour l’usage de l’Escadre, vu que ce Bâtiment n’étoit pas en état de tenir la Mer. Mr. Anson là-dessus fit faire un Inventaire exact, et une estimation de tout ce qui appartenoit à l’Anne, et comme il s’y trouva bien des choses qui pouvoient encore servir, et qui nous venoient bien à point, il conclut avec Mr. Gerard, le marché du tout, pour la somme de 300 liv. sterlings. La Pinque fut donc dégradée, et Mr. Gerard avec le reste de son Equipage, passa à bord du Gloucester, qui étoit le Vaisseau qui avoit le plus besoin de monde. Dans la suite un ou deux de ses gens passèrent à bord du Centurion à leur requête : ils avoient de la répugnance à servir à même bord, avec leur ancien Maitre, dont ils croyoient avoir sujet de se plaindre.

Tout cela nous mena jusqu’au commencement de Septembre, Vers ce tems-là nos gens se trouvèrent assez bien rétablis du Scorbut, pour qu’on ne craignît plus d’en voir mourir de cette maladie. C’est ce qui m’a déterminé à choisirr ce période pour y placer le compte de ceux que nous perdimes : compte, qui servira à donner l’idée des maux que nous avions soufferts et des forces qui nous restoient. Il nous étoit mort à bord du Centurion, depuis notre départ de Ste. Helène, deux cens quatre-vingts et douze hommes, et il nous en restoit deux cens et quatorze. Voila sans doute une terrible mortalité ; mais l’Equipage du Gloucester souffrit bien davantage ; car quoique moins fort que le nôtre, il perdit le même nombre d’hommes, et n’en eut de reste que quatre-vingts et deux. La mortalité auroit naturellement dû être encore plus grande sur le Tryal-Sloop