Page:Walter - Voyage autour du monde fait dans les années 1740, 1, 2, 3, 4, 1749.djvu/189

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dont l’Equipage avoit presque toujours été jusqu’aux genoux dans l’еаu sur le Tillac ; ce fut pourtant tout le contraire ; il n’y mourut que quarante-deux hommes et il en réchappa trente-neuf. Les Soldats de la Marine et les Invalides furent plus maltraités par les maladies, que les Matelots ; il y avoit eu à bord du Centurion, cinquante Invalides et soixante et dix-neuf Soldats de la Marine ; des premiers, il en réchappa quatre, y compris les Officiers, et des seconds, onze. A bord du Gloucester, tous les Invalides périrent, et de quarante-huit Soldats de la Marine, il n’en resta que deux. En un mot, nos trois Vaisseaux, à leur départ d’Angleterre, étoient montés de neuf cens soixante et un hommes ; et au tems dont je parle, il nous en étoit mort six cens vingt-six ; il nous en restoit donc trois cens et trente-cinq, les Mousses compris. Ce nombre ne suffisoit pas, à beaucoup près, pour former un Equipage pour le Centurion, et étoit à peine capable de fournir à la maneuvre nécessaire, sur nos trois Vaisseaux, en y employant toutes leurs forces. L’idée de l’extrême foiblesse où nous nous trouvions réduits, étoit d’autant plus triste, que nous ne savions pas alors, ce qu’étoit devenue l’Escadre de Pizarro, et que nous devions supposer qu’une partie au moins de cette Escadre auroit gagné la Mer du Sud. A la vérité, nous savions par notre propre expérience, qu’ils ne pouvoient faire ce passage, sans souffrir beaucoup ; mais d’un autre côté, tous les Ports de ces Mers leur étoient ouverts, et toute la puissance du Pérou et du Chili, prête à les secourir de ce dont ils pourraient avoir besoin et à les recruter suffisamment. Nous avions eu de plus quelque connoissance, qu’on équipoit une Escadre à Callao ; et quelque méprisables que soient les Vaisseaux et les Marins de ces Quartiers, rien de ce qui pouvoit porter le nom de Vaisseau de guerre ne pouvoit être plus foible que nous. Quand même nous n’aurions rien eu à craindre des forces Navales des Espagnols, notre foiblesse seule nous mettoit dans la situation la plus désagréable, nous ne pouvions attaquer une seule Place, un peu considérable ; car en risquant de perdre seulement vingt hommes, nous risquions le tout : ainsi, nous nous voyions dans la nécessité de nous contenter de quelques chétives prises, que nous pourrions faire en Mer, avant que d’être découverts : après quoi il ne nous restoit d’autre parti à prendre que de nous en retourner au plus vite, trop contens de regagner notre Patrie. Je laisse à imaginer les triomphes que l’ostentation des Espagnols eût pu faire du peu de succès d’une entreprise, qui leur avoit causé les plus vives appréhensions, et qui n’au-