Page:Walter - Voyage autour du monde fait dans les années 1740, 1, 2, 3, 4, 1749.djvu/190

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roit échoué pourtant ni par leur valeur ni par notre faute. Telle étoit notre situation ; et quoique l’évènement nous ait été beaucoup plus avantageux que nous n’avions lieu de l’attendre, les maux que nous éprouvames avant que de le voir arriver furent tels que, si on nous les avoit prédits dans ce tems-là, nous les aurions surement cru insurmontables. Mais revenons à notre histoire.

Vers le commencement de Septembre, nos gens étant assez bien remis, et la saison propre à naviguer dans ces Mers approchant, nous nous évertuames et travaillames à force à mettre nos Vaisseaux en état de partir. Du Mât de Misaine de la Pinque, nous fimes un grand Mât pour le Tryal-Sloop ; et comme nous nous flattions encore de voir arriver les autres Vaisseaux de l’Escadre, nous destinames le grand Mât de la Pinque à servir de Mât de Misaine pour le Wager, Tandis que nous étions ainsi occupés, nous découvrimes au N. E., le 8 à onze heures du matin, un Bâtiment, qui s’approcha jusqu’à ce que ses basses voiles parurent sur l’horizon. Nous ne doutions pas que ce ne fût un Vaisseau de notre Escadre, lorsque nous remarquames qu’au lieu de continuer à porter sur l’Ile, le Vaisseau changeoit de cours, et s’éloignoit en tirant vers l’Est ; ce qui nous fit croire que ce pourroit être un Navire Espagnol. Dans cette incertitude, il fut conclu de lui donner la chasse, et comme le Centurion étoit plus à portée que les autres, tout notre Equipage s’y transроrtа, et travailla avec beaucoup d’ardeur à mettre à la voile, ce que nous fimes vers les cinq heures du soir. Cependant le Vent étoit si foible, que nous fumes obligés d’employer toutes nos Chaloupes à nous remorquer hors de la Baye ; encore dura-t-il si peu, qu’après nous avoir poussés à deux ou trois lieues en Mer, il dégénéra en calme tout plat. La nuit survenant alors nous perdimes de vue le Vaisseau que nous poursuivions, et nous attendimes le jour avec impatience, espérant qu’il serait retenu par le calme, aussi bien que nous. II est vrai que le contraire pouvoit facilement arriver, parce qu’il étoit plus avant en Mer que nous ; aussi, quand le jour revint, il avoit si bien pris le large, qu’on ne pouvoit plus le découvrir du haut de notre grand Mât. Comme nous ne pouvions plus douter que ce ne fût un Navire ennemi, et que c’étoit le premier que поus eussions vu dans ces Mers, nous résolumes de n’en pas abandonner légèrement la chasse. Dans ce même tems, une petite brize s’étant élevée de l’O. N. О. nous hissames nos Mâts et Vergues de Perroquets, tendimes toutes nos voiles, et portames au S. E., dans l’espérance de