Page:Walter - Voyage autour du monde fait dans les années 1740, 1, 2, 3, 4, 1749.djvu/279

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heur que nous eumes de prendre tous les jours quelques Tortues ; car dans un Climat aussi chaud que celui-là nous aurions extrêmement souffert si nous avions uniquement été réduits à la saline. Notre situation avoit surement de quoi nous allarmer, et inquiétoit autant les plus avisés d’entre nous, qu’avoit pu faire le plus grand danger que nous eussions essuyé jusqu’alors : par cela même que nos Chaloupes ne revenoient pas, nous devions conclurre qu’elles n’avoient point encore trouvé d’aiguade ; et divers accidens avoient tellement diminué notre provision d’eau, qu’il ne nous en restoit plus que pour dix jours pour toute l’Escadre : desorte, qu’eu égard à la difficulté connue de faire de l’eau sur cette Côte, et au peu de foi que mérite le témoignage des Flibustiers, les seu1s auteurs que nous pussions consulter, nous craignions de nous voir bientôt exposés à un malheur aussi terrible qu’aucun de ceux qu’on puisse éprouver en courant les Mers.

Mais ces tristes idées s’évanouirent bientôt. Nos Chaloupes revinrent le 5 d’Avril, ayant découvert une très bonne aiguade, environ sept milles à l’Ouest des Rochers de Seguatanéo, que, par la description qu’elles nous en firent, nous jugeames devoir être le Port appellé par Dampier le Port de Chéquétan. Ces nouvelles nous firent le plus sensible plaisir ; et les Chaloupes furent renvoyées le lendemain, pour sonder le Port, dont elles nous avoient représenté l’entrée comme fort étroite. A leur retour, nous apprimes que c’étoit une Rade où il n’y avoit aucun danger à craindre ; ainsi nous y entrâmes le 7, et jettames l’ancre le soir même sur onze brasses de profondeur. Le Gloucester mouilla en même tems que nous ; mais le Carmelo et le Carmin étant tombés sous le vent, la prise du Tryal reçut ordre de les joindre, et de les ramener auprès du reste de l’Escadre, ce qu’elle exécuta en deux ou trois jours.

C’est ainsi, qu’après avoir été quatre mois en mer depuis notre départ de Quibo, et n’ayant plus d’eau à bord que pour six jours, nous gagnames le Port de Chéquétan, dont la description, aussi bien que celle de la Côte voisine, formeront le sujet du Chapitre suivant.