Page:Walter - Voyage autour du monde fait dans les années 1740, 1, 2, 3, 4, 1749.djvu/305

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


paye de la Garnison de Callao, qui est la clé de tout le Royaume du Pérou. A la vérité, il accompagnoit toujours ses Lettres de quelques remises d’argent, mais si modiques et si disproportionnées aux demandes qu’on lui faisoit, qu’elles ne pouvoient servir qu’à occasionner des plaintes et à fomenter des aigreurs et des jalousies, et qu’elles ne pouvoient suffire aux besoins les plus pressans, pour lesquels on les demandoit.

Le Peuple d’ailleurs étoit fort mécontent : il étoit persuadé que depuis plusieurs années les affaires de la Monarchie n’avoient été ménagées que dans des vues d’un intérêt particulier et fort éloigné du bien de l’État. Desorte que ces Provinces éloignées se croyoient sacrifiées à une ambition, qui n’avoit aucun égard à leurs avantages ni à la gloire de la Nation. Nous avons eu cent preuves, que c’étoit là l’opinion regnante chez les Créoles ; mais je me contenterai d’en rapporter une, qui me paroit des plus convaincantes. C’est le témoignage des Académiciens François, envoyés en Amérique, pour y mesurer un Degré du Méridien près de l’Equateur. Dans la Rélation qu’un de ces Messieurs a publiée, du meurtre de leur Chirurgien, dans une des Villes du Pérou, et du tumulte qui y arriva à cette occasion ; l’Auteur avoue que les Habitans, pendant ce désordre, s’accordoient tous à maudire le Gouvernement, et à charger les François d’injures atroces. C’est qu’ils imputoient tous les maux qu’ils ressentoient à l’influence que la Nation Francoise avoit sur le Conseil d’Espagne.

Les Indiens de leur côté étoient prêts à se révolter, sur presque toutes les Frontières, et auroient pris les armes pour peu qu’ils eussent été encouragés : c’est ce que nous avons appris par plusieurs Lettres interceptées ; c’étoit sur-tout la disposition de ceux qui habitent vers le Sud du Pérou, des Araucos, et des autres Peuples du Chili, qui sont les plus puissans et les plus redoutables aux Espagnols, de toute l’Amérique. Dans des querelles qu’il y eut quelque tems avant notre arrivée, entre les Espagnols et les Chiliens, les prémiers menacèrent les autres, des grandes forces qui leur venoient d’Espagne, sous les ordres de l’Amiral Pizarro, et se vantèrent qu’il acheveroit dans peu ce que ses Ancêtres n’avoient pu finir. Ces menaces effrayèrent les Indiens, et leur fit croire que leur destruction totale étoit résolue. Les Pizarres ont été les premiers Conquérans du Pérou, et les Péruviens ont en exécration tout ce qui porte ce nom ; car ils n’ont pas oublié la ruine de leur Empire, la mort de leur Inca, l’abolition de leur Religion, et les massacres de leurs Ancêtres ; et ils