Page:Walter - Voyage autour du monde fait dans les années 1740, 1, 2, 3, 4, 1749.djvu/375

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que des Gens comme eux pussent l’approcher. Non contens d’avoir ainsi grossierement abusé Mr. Anson, ils firent tout ce qu’ils purent auprès des Anglois, qui étoient à Canton, pour les empêcher de se mêler de cette affaire, leur représentant qu’elle les brouilleroit avec le Gouvernement, et les jetteroit inutilement dans de grands embaras ; et ces raisons n’eurent que trop d’ascendant sur ceux à qui elles furent alléguées.

Il est difficile de démêler le motif de cette perfidie des Marchands Chinois : il est vrai que l’intérêt a sur toute la Nation, un empire absolu ; mais il n’est pas aisé de deviner quel intérêt faisoit agir ces Gens-ci : à moins qu’ils ne craignissent que le séjour d’un Vaisseau de guerre, dans leurs Ports, ne fît tort à leur Commerce de Manille, et que leur but ne fut d’obliger le Commandeur d’aller à Batavia. Mais cette crainte pouvoit aussi bien leur donner l’envie de nous faire expédier pour être plutôt débarassés de nous. Je croirois plutôt que cette vilenie ne vint que de la lâcheté sans pareille de cette Nation, et de la crainte excessive où les tiennent leurs Magistrats. On n’avoit jamais vu à la Chine, un Vaisseau de guerre tel que le Centurion, et l’idée seule en étoit capable d’inspirer de l’horreur à toute cette Race poltronne : les Marchands, qui savent que le Viceroi ne cherche que des prétextes pour les écorcher, craignoient peut-être qu’il ne saisît cette occafion, et ne leur fît payer bien cher l’imprudence qu’ils auroient eue de se mêler d’une affaire aussi délicate, et qui touchoit immédiatement l’État. Quel que fût le motif de ces Marchands, Mr. Anson fut convaincu qu’il n’y avoit rien à faire par leur moyen, puisqu’ils refusoient même de faire parvenir sa Lettre au Viceroi, et qu’ils lui avouoient qu’ils n’osoient se mêler de pareilles affaires. Il leur dit que son dessein étoit d’aller à Batavia, pour y donner le radoub à son Vaisseau, mais il ajouta qu’il lui étoit impossible d’entreprendre ce voyage, sans être pourvu des vivres nécessaires. Ces Marchands entreprirent de lui en fournir, mais d’une manière clandestine, n’osant pas le faire ouvertement, ils proposérent donc, de charger de pain, de farines et autres provisions, les Vaisseaux Anglois, qui se trouvoient à Canton, et de les faire descendre à l’entrée du Port de Typa, où les Chaloupes du Centurion iroient recevoir d’eux ces Vivres. Après être convenus de cet arrangement, que ces Chinois nous firent valoir comme une grande faveur, le Commandeur repartit de Canton le 16 de Décembre, pour retourner à son Bord, paroissant bien résolu de s’en aller à Batavia, dès-qu’il auroit reçu les provisions nécessaires.