Page:Walter - Voyage autour du monde fait dans les années 1740, 1, 2, 3, 4, 1749.djvu/386

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Méxique, et ce qui le chagrinoit le plus dans tous les délais qu’il éprouva à la Chine, étoit la crainte, qu’ils ne lui fissent manquer l’occasion de rencontrer ces Galions. Tant qu’il fut à Macao il eut soin de garder le plus profond secret sur ce sujet, parce qu’il y avoit lieu de craindre, vu le grand commerce entre cette Ville et Manille, que l’оп n’y donnât avis de ses desseins, et que l’on n’y pris des mesures propres à empêcher les Galions de lui tomber entre les mains. Mais dès qu’il se vit en pleine Mer, il assembla tous ses Gens sur le demi-pont, et leur communiqua sa résolution d’aller attendre les deux Vaisseaux de Manille, dont la valeur leur étoit connue à tous. Il les assura qu’il sauroit choisir une Croisière, où il étoit impossible qu’il manquât ces Bâtiments ; que, quoiqu’ils fussent forts et chargés de monde, il ne doutoit pas, si ses Gens vouloient agir avec leur bravoure ordinaire, qu’il ne remportât la victoire, et ne se rendît maître au moins de l’un des deux. Il ajouta, qu’il n’ignoroit pas les contes ridicules qu’on faisoit de ces Galions, dont on débitoit, qu’ils étoient si forts de bois, qu’ils étoient impénétrables aux boulets de Canon ; que ces pauvretés avoient été débitées, pour couvrir la lâcheté de ceux, qui les avoient combattus dans d’autres occasions, mais qu’il étoit persuadé qu’aucun de ceux qui l’écoutoient n’étoit assez neuf, pour ajouter foi à de pareilles absurdités ; que pour lui, il répondoit sur la parole, que pourvu qu’il pût joindre ces Vaisseaux, il les combattroit de si près, que ses boulets, loin de rebondir contre un des flancs, les perceroient tous deux de part en part.

Ce discours fut reçu avec des transports de joie de l’Equipage, qui y répondit par trois Huzzah’s des plus éclatans. Après quoi, tous assurèrent le Commandeur, qu’ils étoient déterminés à mettre à fin cette entreprise, où à y périr. Leurs espérances entièrement tombées, dès leur départ des Côtes de Méxique, se relevèrent : ils se persuadèrent, que malgré tous les contretems et toutes les infortunes, qu’ils avoient essuiées, ils se verroient enfin récompensés de tous leurs travaux, et qu’ ils regagneroient leur Patrie, chargés des dépouilles de l’Ennemi. Ils se fioient à la parole du Commandeur, qui leur promettoit de leur faire voir ces Galions, et nul d’eux n’étoit assez modeste, pour douter un moment qu’ils ne s’en rendissent maîtres ; ils s’en croyoient déja en possession, ou autant vaut ; voici un trait particulier à cet égard. Mr. Anson ayant fait à la Chine provision de Moutons en vie, s’avisa un jour de demander à son Boucher, pourquoi depuis quelque tems, il ne voyoit plus servir de