Page:Walter - Voyage autour du monde fait dans les années 1740, 1, 2, 3, 4, 1749.djvu/430

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plus, qu’on ne pouvoit avoir aucune nouvelle en Europe, ni de la Prise qu’il avoit faite, ni des Trésors qu’il avoit à bord, avant le retour des Vaisseaux marchands, qui reviendroient de la Chine, c’est ce qui le déterminoit à presser son Voyage autant qu’il étoit possible, afin de porter lui-même la prémière nouvelle de ses succès, et d’ôter aux Ennemis l’occasion de pouvoir l’intercepter. Cette vue lui fit accepter les offres qu’on lui avoit faites pour le Galion, et après l’avoir livré aux Marchands de Macao, il mit à la voile pour son retour, avec le Centurion, le 15 de Décembre 1743. Le 3 de Janvier, il jetta l’ancre, à l’Ile du Prince, dans le Détroit de la Sonde, et y resta jusqu’au 8 pour y faire de l’eau et du bois, et le 11 de Mars, il mouilla dans la Baye de la Table au Cap de Bonne Espérance.

Ce Cap est situé dans un Climat tempéré, où le grand froid et les chaleurs excessives se font rarement sentir. Les Hollandois qui y habitent et qui n’y ont pas dégénéré de l’industrie naturelle à leur Nation, ont rempli le Païs qu’ils y ont défriché, de productions de plusieurs espèces, qui y réussissent pour la plupart mieux qu’en lieu du monde, soit par la bonté du Terroir, soit à cause de l’égalité des Saisons. Les Vivres excellens qu’on y trouve, et les Eaux admirables, rendent cet endroit le meilleur lieu de relâche, pour des équipages fatigués par des voyages de long cours. Le Commandeur y resta jusqu’au commencement d’Avril, et fut charmé des agrémens et des avantages de ce Païs, de la pureté de l’air et de la beauté du Païsage ; tout cela animé, pour ainsi dire, par une Colonie nombreuse et policée, pouvoit soutenir avec avantage, la comparaison des Vallées romanesques de Juan Fernandez, et des belles Clarières de Tinian. Mr. Anson fit au Cap quarante-neuf Recrues, et après avoir fait de l’Eau et autres Provisions, il en partit le 3 d’Avril. Il découvrit l’Ile de Ste. Hélène, le 19 du même mois, mais il n’y toucha pas. Le 10 de Juin il arraisonna un Vaisseau Anglois, parti d’Amsterdam pour Philadelphie, et eut les premières nouvelles de la guerre avec la France. Le 12, il eut la vue du Cap Lizard, et le 15 au soir il arriva en bon état à la Rade de Spithead à la joye inexprimable de tout l’Equipage. Cependant, afin qu’il ne fût pas dit que les dangers singuliers, qui l’avoient accompagné durant tout son Voyage, l’avoient abandonné à la fin, Мг. Anson apprit en arrivant, qu’il y avoit une Flotte Françoise considérable qui croisoit à l’entrée du Canal, et par la position où ils étoient, il trouva que le Centurion avoit du passer au milieu de tous ces Vaisseaux ennemis, et qu’il falloit qu’un brouillard leur