Page:Walter - Voyage autour du monde fait dans les années 1740, 1, 2, 3, 4, 1749.djvu/93

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


excellens, leur grand nombre les rend communs et à très bon marché : les meilleurs ne coutent qu’un Ecu, et cela dans un Païs où l’argent est extrêmement bas et toutes les marchandises fort chères. On ne sait pas au juste jusqu’où ce Bétail et ces Chevaux s’étendent du côté du Midi ; mais il y a lieu de croire, qu’il y en a au moins quelques-uns qui errent jusqu’aux environs du Détroit de Magellan, et sans doute qu’ils rempliront avec le tems toute cette vaste étendue de Païs, ce qui sera d’une grande commodité pour les Vaisseaux qui relacheront sur cette Côte ; car les Chevaux mêmes sont très bons à manger, et plusieurs Indiens en préfèrent la viande à celle de Bœuf. Par malheur la Côte Orientale des Patagons semble jusqu’à présent manquer du principal rafraichissement qu’on cherche dans les Voyages de long cours, qui est l’Eau douce : la Terre y paroit imprégnée de Sel et de Nitre, et les Eaux courantes, aussi bien que les Mares n’y fournissent guère que de l’Eau saumache. Cependant, comme on y en a quelquefois trouvé de bonne, quoiqu’en petite quantité, il n’est pas impossible que dans la suite, par une recherche plus exacte, on ne remédie à cet inconvénient.

Ce Païs est encore peuplé de nombre de Vigognes, ou Moutons du Pérou. Mais cet animal est si défiant et si vite à la course, qu’il est difficile d’en attraper. On trouve aussi sur la Côte Orientale d’immenses troupeaux de Veaux marins, et une grande variété d’espèces d’Oiseaux de Mer, dont les plus singuliers sont les Pengouins. Ils sont de la taille et à peu près de la figure d’une Oye, mais au-lieu d’ailes, ils ont deux espèces de moignons, qui ne peuvent leur servir qu’à nager ; leur bec est étroit, comme celui d’un Albitross : quand ils sont debout, ou qu’ils marchent, ils se tiennent le corps droit, et non en situation à peu près horizontale comme les autres Oiseaux. Cette particularité, jointe à ce qu’ils ont le ventre blanc, a fourni au Chevalier Narborough, l’idée bizarre de les comparer à des enfans qui se tiennent debout et qui portent des tabliers blancs.

Les habitans de cette Côte Orientale sont clairsemés ; et les Equipages des Vaisseaux, qui y ont relâché, n’en ont jamais vu plus de deux ou trois à la fois : pour nous, nous n’en avons pas apperçu un seul, pendant notre séjour au Port St. Julien, Ils sont cependant en assez grand nombre vers Buénos Ayres, et souvent d’incommodes voisins pour les Espagnols : mais aussi à cette hauteur le climat est plus doux, le terrain plus varié, et les terres plus étendues ; car le Continent,y a trois à quatre cens lieues de largeur, au-lieu qu’à la hauteur du Port St. Julien, il n’en a guère plus de cent. Ce ne sont peut-être que des habitans de la