toutes les grandes héroïnes du monde. Elle est plus qu’une simple individualité. Vous avez beau rire, je vous répète qu’elle a du génie. Je l’aime et je veux gagner son amour. Vous qui savez tous les secrets de la vie, dites-moi par quel enchantement me faire aimer de Sibyl Vane ? Je veux rendre Roméo jaloux. Je veux que les grands amants du passé entendent l’éclat de notre joie et soient pris de tristesse. Je veux que le souffle de notre passion ranime leur poussière et tire du sommeil leur cendre torturée. Ah ! Dieu ! Quelle adoration j’ai pour elle, Harry !
Tout en parlant il se promenait de long en large dans la pièce. Des taches écarlates empourpraient ses joues fiévreuses. Il était follement exalté.
Lord Henry prenait un secret plaisir à l’observer. Quelle différence entre le Dorian d’aujourd’hui et l’adolescent timide et craintif de leur première rencontre chez Basil Hallward ! Comme une fleur, sa nature s’était épanouie, empourprée du feu des corolles. Furtivement son âme avait quitté ses retraites cachées, et le Désir était venu à sa rencontre.
Enfin lord Henry demanda :
— Et maintenant, quels sont vos projets ?
— Je voudrais, un de ces soirs, vous mener la voir jouer, vous et Basil. Le résultat ne m’inspire pas la moindre inquiétude. À coup sûr, vous reconnaîtrez son génie. Alors, nous l’arracherons des griffes du vieux juif. Elle lui est liée par un engagement de trois ans, dont il reste encore deux ans et huit mois à courir. Il va de soi que je devrai payer un dédit. L’affaire une fois