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Page:Wilde - Le portrait de Dorian Gray (trad. Jaloux), 1928.djvu/104

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réglée, je louerai un théâtre du West-End et je la produirai dans le cadre voulu. Elle ensorcellera l’univers, autant qu’elle m’a ensorcelé moi-même.

— Voilà qui n’est guère possible, mon bel ami.

— Elle le fera, vous dis-je. Car, à côté du talent, du plus beau talent naturel, il y a chez elle cette autre force, la personnalité, et vous m’avez dit maintes fois que notre époque obéit non plus aux principes, mais aux personnalités.

— Soit. Quel jour irons-nous ?

— Voyons… C’est aujourd’hui mardi. Disons demain. Elle jouera Juliette.

— C’est parfait. À huit heures, au Bristol. Je passerai prendre Basil.

— Oh ! non, Harry, pas à huit heures. À six heures et demie, si vous voulez bien. Il faut être là-bas avant le lever du rideau et ne pas manquer de la voir au premier acte, quand elle rencontre Roméo.

— À six et demie ! Quelle heure saugrenue ! Je croirai prendre un thé complet ou lire un roman anglais. Il faut attendre au moins sept heures. Un gentleman ne dîne pas avant sept heures. Verrez-vous Basil d’ici-là, ou dois-je lui écrire ?

— Ce cher Basil ! De toute la semaine je ne l’ai même pas entrevu. Je suis d’autant plus inexcusable, qu’il m’a envoyé mon portrait dans un cadre absolument merveilleux, dessiné tout exprès pour moi, et que, vous l’avouerai-je ? cette peinture, d’un mois déjà plus jeune que moi-même, si elle m’inspire quelque jalousie, me jette surtout dans le ravissement. Je ne tiens pas à le