— Toutes prêtes, James, répondit-elle, sans lever les yeux de son ouvrage.
Depuis quelques mois, elle se sentait gênée, sitôt qu’elle était seule en face de ce fils rude et farouche. Leurs regards se croisaient-ils, un trouble secret envahissait son âme frivole. Elle en était à se demander s’il ne soupçonnait rien. Le silence — car son fils n’avait pas ajouté une parole — lui devint intolérable. — Elle se prit à gémir. Les femmes se défendent en attaquant, et leurs attaques sont faites d’étranges et brusques capitulations.
— J’espère, James, que tu seras content de ta vie de marin, commença-t-elle. En tout cas, tu ne dois pas oublier que c’est toi-même qui l’as choisie. Il ne tenait qu’à toi d’entrer chez un avoué. Les avoués sont d’un rang très honorable, et souvent, à la campagne, dînent dans les meilleures familles.
— J’ai horreur des clercs et des études, répliqua-t-il. Mais tu as parfaitement raison. J’ai choisi moi-même la vie qui me plaisait. Je n’ai rien à dire, sinon : veille sur Sibyl ! Prends bien garde qu’il ne lui arrive rien de fâcheux. Maman, il faudra que tu veilles sur elle !
— Voilà, vraiment, un singulier langage, James. Il va de soi que je veille sur Sibyl.
— Tous les soirs, m’a-t-on dit, un gentleman vient la voir au théâtre et s’entretient avec elle dans les coulisses. Est-ce vrai ? Et que signifie cette conduite ?
— Tu parles là de choses que tu ne peux comprendre, James. Dans notre profession, nous sommes