semaines et des mois, elle redoutait nuit et jour, enfin il était venu ; et, chose étrange ! elle n’éprouvait aucune terreur. Dans une certaine mesure, c’était pour elle une déception. Cette question directe, sans élégance, ne comportait qu’une réponse directe. La situation n’avait pas été savamment amenée. C’était brutal. Elle avait l’illusion d’une répétition ratée.
— Non, répondit-elle, ébahie devant la rude simplicité de la vie.
— Alors, mon père était une canaille ! s’emporta le jeune homme, les poings crispés.
Elle secoua la tête.
— Je savais qu’il n’était pas libre. Nous nous aimions passionnément tous deux. S’il avait vécu, il aurait pourvu à tous nos besoins. Ne l’accuse pas, mon fils. C’était ton père, et c’était un gentleman. Il appartenait à une haute famille.
Un juron s’échappa de ses lèvres.
— Peu importe pour moi, s’écria-t-il, mais qu’à aucun prix Sibyl… C’est un gentleman, n’est-ce pas ? qui lui fait la cour ; tel du moins il se prétend. De haute famille aussi, je suppose !
À cette minute, l’infortunée ne put se défendre d’une horrible sensation de honte. Elle courba le front, et, d’une main convulsive, s’essuya les yeux.
— Sibyl a une mère, balbutia-t-elle. Moi, je n’avais plus la mienne.
Le jeune homme fut touché. Il vint à elle et, se penchant, lui donna un baiser.
— Cette question sur mon père t’a chagrinée. J’en