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Page:Wilde - Le portrait de Dorian Gray (trad. Jaloux), 1928.djvu/132

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au garçon qui s’inclinait, son chapeau et son pardessus. De quoi s’agit-il ? Pas de politique, j’espère ? Rien ne m’y intéresse. Il n’y a pas une tête à peindre dans toute la Chambre des Communes ; un bon nombre, en revanche, gagneraient à être blanchies.

— Dorian Gray est fiancé ! dit lord Henry, surveillant l’effet de ses paroles.

Hallward sursauta, puis fronça les sourcils :

— Dorian fiancé ! Non, ce n’est pas possible !

— C’est la pure vérité.

— Mais avec qui ?

— Avec je ne sais au juste quelle petite actrice.

— Voilà ce que je ne puis croire. Dorian est trop raisonnable.

— Dorian est en effet bien trop sage, mon cher Basil, pour ne pas faire quelque folie de temps à autre.

— Mais le mariage n’est tout de même pas une folie qu’on puisse faire de temps à autre, Harry.

— Sauf en Amérique, répliqua tranquillement lord Henry. Mais je n’ai pas parlé de mariage. J’ai parlé de fiançailles. La différence est grande. J’ai de mon mariage un souvenir très net, mais pas la moindre souvenance de mes fiançailles. Je serais porté à croire que je n’ai jamais été fiancé.

— Mais songez à la naissance de Dorian, à son rang, à sa fortune. Une alliance si fort au-dessous de lui serait insensée.

— Si vous voulez qu’il épouse cette jeune fille, voilà tout juste ce qu’il faut lui dire, Basil. Après cela il n’hésitera plus. Quand un homme commet quelque sottise