les rideaux de satin olive, doublés de bleu éteint, qui fermaient les trois hautes fenêtres.
— Monsieur a dormi longtemps, ce matin ! fit-il, souriant.
— Quelle heure est-il, Victor ? demanda Dorian Gray, encore assoupi.
— Une heure et quart, monsieur.
— Quoi ! si tard ? Il se dressa sur son séant, avala quelques gorgées de thé et prit son courrier. Une des lettres, apportée le matin par exprès, était de lord Henry. Il hésita un instant, puis la mit de côté. Il ouvrit distraitement les autres. C’était la collection habituelle des cartes, invitations à dîner, entrées d’expositions particulières, programmes de concerts de charité et autres papiers du même genre que, chaque matin, pendant la « saison », les jeunes gens du monde voient pleuvoir sur leur tête. Il y avait aussi la note d’un nécessaire de toilette Louis XV, en argent ciselé : assez lourde facture, qu’il n’avait pas encore eu le courage d’envoyer à ses tuteurs, gens extrêmement retardataires, auxquels il échappait que nous vivons dans un temps où le superflu est seul indispensable. Enfin diverses missives, fort poliment tournées, venaient de prêteurs de Jermyn Street, qui s’offraient à faire toutes avances, dans les plus courts délais et au taux le plus raisonnable.
Au bout de dix minutes environ, il se leva et, s’enveloppant d’un riche peignoir de cachemire aux broderies de soie, passa dans sa salle de bains, pavée d’onyx. L’eau froide le rafraîchit après ce long sommeil. Il semblait avoir tout oublié des événements de la nuit.