égaré qu’il était dans le labyrinthe sanglant de la passion. Il ne savait que faire, il ne savait que penser. Il finit par s’installer à son bureau et écrivit une lettre brûlante à la jeune fille qu’il avait aimée, implorant son pardon et s’accusant de démence. Il couvrit mainte et mainte page de mots éperdus de regret, de mots de douleur plus éperdus encore. Il y a certaine volupté à s’accuser soi-même. Dès que nous nous blâmons, il nous semble que personne autre n’a plus le droit de le faire. C’est la confession, non le prêtre, qui nous absout. Quand Dorian eut fini sa lettre, il se sentit pardonné.
Soudain, il entendit qu’on frappait à la porte et reconnut au dehors la voix de lord Henry :
— Mon cher Dorian, je veux absolument vous voir. Ouvrez vite. Vous êtes insupportable de vous enfermer de la sorte.
Dorian s’abstint d’abord de répondre et n’eut garde de faire un mouvement. Les coups redoublèrent, se firent plus impérieux. Décidément, mieux valait ouvrir à lord Henry ; lui exposer ses plans de vie nouvelle ; se quereller avec lui, si la querelle s’imposait ; rompre, si la rupture était inévitable.
D’un bond il fut debout ; il courut à l’écran, masqua le portrait, puis ouvrit la porte.
— Je suis navré de tout ce qui est arrivé, Dorian, déclara en entrant lord Henry. Mais, croyez-moi, n’y pensez pas trop.
— À Sibyl Vane ? demanda le jeune homme.
— Naturellement, répondit lord Henry qui, déjà plongé dans un fauteuil, retirait lentement ses gants