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Page:Wilde - Le portrait de Dorian Gray (trad. Jaloux), 1928.djvu/177

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se console toujours. À cette fin, certaines ont recours aux couleurs sentimentales. Ne vous fiez jamais, quel que soit leur âge, aux femmes qui s’habillent en mauve ; ni aux femmes qui, passé trente-cinq ans, restent toquées des rubans roses. C’est un signe infaillible : elles ont une histoire. D’autres trouvent un grand réconfort dans la découverte soudaine des mérites de leurs maris. Elles étalent sous vos yeux leur félicité conjugale, comme si c’était le plus séduisant des péchés. Il en est d’autres que console la religion : ses mystères ont le charme d’un flirt, me disait un jour l’une d’elles ; et je le conçois parfaitement. Rien d’ailleurs ne nous rend plus vains que de nous entendre dire que nous sommes des pécheurs. La conscience fait de nous des égoïstes. En vérité, il n’y a pas de limite aux consolations qu’offre aux femmes la vie moderne. Encore n’ai-je pas mentionné la plus importante de toutes.

— Laquelle, Harry ? fit langoureusement Dorian.

— Peuh ! la consolation tout indiquée : prendre l’amant d’une autre femme quand on a perdu le sien. Dans la bonne société ce procédé ne manque jamais de blanchir une femme. Mais combien Sibyl Vane devait peu ressembler à toutes ces femmes que nous coudoyons. La mort m’apparaît dans un rayonnement de beauté absolue. Je me félicite de vivre dans un siècle capable de tels prodiges. Ils nous font croire à la réalité de choses que tous nous prenons bien à la légère, comme le sentiment, la passion et l’amour.

— Mais vous oubliez mon horrible cruauté envers elle.