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Page:Wilde - Le portrait de Dorian Gray (trad. Jaloux), 1928.djvu/181

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que le portrait, méprisant les effets extérieurs, ne se bornât à lire ce qui se passait dans l’âme. Dorian inclinait à le croire. Il espérait qu’un jour ou l’autre, il verrait le changement s’opérer sous ses yeux ; et cet espoir le faisait frissonner.

Pauvre Sibyl ! Quel roman que le sien ! Bien souvent elle avait mimé la mort sur les planches. Et voilà que la Mort l’avait saisie et emportée avec Elle. Comment avait-elle joué cette affreuse dernière scène ? L’avait-elle maudit en mourant ? Non, elle était morte d’amour pour lui. Désormais, l’amour lui devenait une chose sacrée. Sibyl avait tout expié en s’immolant. Il voulait oublier combien elle l’avait fait souffrir durant cette horrible soirée, au théâtre. Quand il songerait à elle, ce serait comme à une étrange figure tragique, envoyée sur la scène de ce monde pour y faire resplendir la suprême réalité de l’amour. Une étrange figure tragique ? Des larmes lui venaient aux yeux, au souvenir de son visage d’enfant, de ses façons vives et capricieuses, de sa grâce inquiète et frémissante. Il les essuya brusquement et de nouveau regarda le portrait.

Il sentit que l’heure était venue de choisir sa voie. Mais son choix n’était-il pas arrêté d’avance ? Oui, la vie avait prononcé pour lui, la vie et l’infinie curiosité qui l’attirait vers elle. L’éternelle jeunesse, l’insatiable passion, les plaisirs secrets et raffinés, les joies délirantes, les péchés plus délirants encore : il connaîtrait toutes ces délices. Sur le portrait retomberait le poids de sa honte. Voilà tout.

Une sensation douloureuse l’étreignit, à la pensée