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Page:Wilde - Le portrait de Dorian Gray (trad. Jaloux), 1928.djvu/183

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conviant l’atome aux secrètes voluptés de rapprochements étranges ? Du reste, peu importait la cause. Jamais plus il ne tenterait par la prière les puissances redoutables. Si le portrait devait changer, il changerait, voilà tout. À quoi bon scruter, trop avant, le mystère ?

Il se contenterait de l’observer avec un intense plaisir. Il pourrait ainsi pénétrer jusqu’aux derniers replis de son âme. Ce portrait serait pour lui le plus magique des miroirs. C’est à lui qu’il avait dû la révélation de son corps, il lui devrait de même la révélation de son âme. Et quand l’hiver atteindrait le portrait, lui, il en serait encore à cette heure des saisons où le printemps tressaille aux approches de l’été. Quand le sang déserterait ce visage, ne laissant sur la toile qu’un masque de craie blafarde, aux yeux plombés, lui, il garderait encore la magie de sa fraîche jeunesse. Pas une fleur de sa grâce ne se fanerait. Pas une pulsation de sa vie ne se ralentirait. Comme les dieux de la Grèce, il serait fort, et léger, et joyeux. Que lui importait la destinée de l’image peinte sur la toile ? Lui, il serait épargné. Tout était là.

Avec un sourire, il ramena l’écran à son ancienne place, et passa dans sa chambre à coucher où son valet l’attendait. Une heure plus tard il était à l’Opéra. Au dossier de son fauteuil, s’appuyait lord Henry.