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Page:Wilde - Le portrait de Dorian Gray (trad. Jaloux), 1928.djvu/186

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laissé un mot, indiquant le vrai but de votre sortie ! J’ai passé une affreuse soirée, redoutant presque qu’une seconde tragédie n’eût suivi la première. Vraiment vous auriez pu me télégraphier, sitôt averti. C’est bien par hasard qu’ayant pris au Club une dernière édition du Globe, j’y lus la nouvelle. J’accourus vite ici. Vous étiez absent, ce qui me désola. Je ne saurais vous dire combien cette catastrophe me déchire le cœur. Je comprends tout ce que vous devez souffrir ! Mais où étiez-vous donc ? Sans doute près de la pauvre mère ? Un instant j’ai songé à vous y rejoindre. Les journaux donnaient l’adresse. C’est dans Euston Road, n’est-ce pas ? Mais j’ai craint de remuer une douleur que je ne pouvais alléger. Pauvre femme ! Dans quel état elle doit être ! Et c’était son unique enfant ! Que dit-elle de tout ce drame ?

— Mon cher Basil, comment le saurais-je ? murmura Dorian Gray, portant à ses lèvres, de l’air d’un homme agacé au plus haut point, un verre de Venise à perles dorées, coupe fragile où pétillait un vin d’or pâle. J’étais à l’Opéra. Je regrette que vous n’y soyez pas venu. J’ai vu là, pour la première fois, lady Gwendolen, la sœur de Harry. Nous étions dans sa loge. C’est une femme absolument charmante. Et la Patti a divinement chanté. Quant à ces horreurs, ne m’en parlez pas ! Une chose dont on ne parle pas n’a jamais existé. C’est l’expression seule qui donne la réalité aux choses, comme dit Harry. Sachez pourtant que Sibyl n’était pas l’unique enfant de cette femme. Il lui reste un fils, un garçon charmant, je crois. Mais il n’est pas au théâtre. Il est marin, ou