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Page:Wilde - Le portrait de Dorian Gray (trad. Jaloux), 1928.djvu/187

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quelque chose d’approchant. Et maintenant, Basil, parlons de vous. Dites-moi ce que vous êtes en train de peindre.

— Vous étiez à l’Opéra ? dit très lentement Hallward, dont la voix tremblait d’une émotion douloureuse. Vous étiez à l’Opéra, tandis que Sibyl Vane gisait morte dans un logis sordide ? Et vous me parlez tranquillement de la beauté d’autres femmes, du chant divin de la Patti, quand la jeune fille que vous aimiez ne repose pas encore dans la paix de la tombe ? Mais songez donc aux horreurs qui attendent ce petit corps candide !

— Assez, Basil. Je ne veux pas entendre ce langage, s’écria Dorian, brusquement debout. Pourquoi me parler de ces choses ? Ce qui est fait est fait. Ce qui est passé est passé.

— Vous appelez hier le passé ?

— La longueur du temps a-t-elle rien à y voir ? Seuls les faibles mettent des années à s’affranchir d’une émotion. Celui qui est maître de soi peut étouffer un chagrin aussi aisément qu’inventer un plaisir. Je ne veux pas être à la merci de mes émotions. J’entends m’en servir, en jouir et les dompter.

— Dorian, mais c’est affreux ! On vous a complètement changé. En apparence, vous êtes resté l’admirable adolescent qui venait chaque jour poser chez moi pour son portrait. Mais alors vous étiez simple, naturel, affectueux. Il n’était pas au monde créature moins corrompue. Et maintenant, je ne sais ce qui vous est arrivé. Vous parlez comme si vous n’aviez plus ni cœur ni