pitié. Tout cela est dû à l’influence d’Harry. Je le vois trop bien.
Le jeune homme devint pourpre. Il alla se mettre à la fenêtre et, quelque temps regarda le jardin, très vert, miroitant, baigné de soleil.
— Je dois beaucoup à Harry, déclara-t-il enfin, certainement plus qu’à vous, Basil, qui ne m’avez appris que la fatuité.
— J’en suis assez puni, Dorian, ou bien je le serai quelque jour.
— Je ne sais ce que vous entendez par là, Basil, fit-il, en se retournant. Je ne sais ce que vous voulez. Que demandez-vous, enfin ?
— Je voudrais retrouver le Dorian Gray d’autrefois, celui que j’aimais à peindre, soupira tristement l’artiste.
L’adolescent s’approcha et, lui mettant la main sur l’épaule :
— Basil, dit-il, vous êtes venu trop tard. Hier, quand j’ai appris que Sibyl Vane s’était tuée…
— Tuée ? Juste ciel ! En est-on sûr ? s’écria Hallward, fixant sur Dorian un regard d’épouvante.
— Mon cher Basil, vous n’avez pu croire que ce fût là un vulgaire accident ? Évidemment, elle s’est tuée.
Hallward se cacha le visage dans les mains.
— C’est épouvantable ! murmura-t-il, secoué d’un long frisson.
— Non, répondit Dorian, je ne vois là rien d’épouvantable. C’est un des grands drames romantiques de