ce temps. En général, les gens de théâtre mènent la vie la plus banale. Ce sont de bons maris, de fidèles épouses, bref d’ennuyeux personnages. Vous voyez ce que je veux dire, la vertu bourgeoise et autres fadaises du même genre. Combien Sibyl a été différente ! Elle a vécu sa plus belle tragédie. Constamment, elle a fait figure d’héroïne. Le dernier soir où elle parut en scène — le soir où vous l’avez vue — elle joua mal, parce qu’elle venait de découvrir la réalité de l’amour. Mais quand le néant lui en fut révélé, elle mourut comme aurait pu mourir Juliette. Elle se réfugia de nouveau dans les régions de l’art. Il y a en elle quelque chose de la martyre. Sa mort a l’inutilité touchante et la beauté superflue du martyre. Mais, encore une fois, n’allez pas croire que je n’aie point souffert. Si vous étiez venu hier, à un moment donné, vers cinq heures et demie, je crois, ou six heures moins un quart, vous m’auriez trouvé tout en larmes. Harry, qui était là et qui, par le fait, venait de m’apporter la nouvelle, n’eut pas idée de ce que j’endurais. Ma peine fut immense. Puis cela passa. Je suis incapable de renouveler une émotion. Nul ne le peut, à moins d’être un sentimental. Vous êtes par trop injuste, Basil. Vous venez me voir pour me consoler. L’intention est charmante. Vous me trouvez consolé et vous entrez en fureur. Que voilà bien les gens compatissants ! Vous me faites songer à une histoire que me contait Harry. Un philanthrope avait passé vingt ans de sa vie à poursuivre le redressement d’un tort ou l’amendement d’une loi inique — je ne sais plus bien exactement. Il y réussit à la fin. Alors
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