son désespoir passa tout ce qu’on peut imaginer. Ne sachant plus à quoi se prendre, mourant presque d’ennui, il devint complètement misanthrope. Mon bon Basil, si vous voulez me consoler, apprenez-moi plutôt à oublier ce qui s’est passé ; aidez-moi, du moins, à l’envisager sous un angle artistique convenable. N’est-ce pas Gautier qui se plaisait à écrire sur la Consolation des Arts ? Je me rappelle être tombé sur cette phrase exquise, un jour que je feuilletais dans votre atelier un petit volume gainé de vélin. Voyez-vous, je ne ressemble pas à ce jeune homme dont vous me parliez, lors de notre séjour à Marlow, et qui déclarait que le satin jaune pouvait consoler de toutes les misères de la vie. J’aime les beaux objets qu’on peut toucher et manier. Vieux brocarts, bronzes verts, laques, ivoires sculptés, jolis intérieurs, luxe, richesse, tout cela, certes, est plein de ressources. Mais combien j’estime plus précieux le tempérament artistique, qui naît de ces trésors ou, tout au moins, s’y révèle. Se faire le spectateur de sa propre vie, comme dit Harry, c’est échapper à toutes les souffrances de la vie. Je vois que vous êtes surpris de m’entendre tenir ce langage. Vous ne soupçonnez pas combien je me suis développé. J’étais un écolier quand vous m’avez connu. Maintenant je suis un homme. J’ai d’autres passions, d’autres rêves, d’autres idées. Je suis tout différent, mais vous ne m’en aimerez pas moins. Je suis changé, mais vous resterez toujours mon ami. Il est vrai, je raffole de Harry. Mais je reconnais que vous valez mieux que lui. Non que vous soyez plus viril, — vous avez trop peur de la vie
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