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Page:Wilde - Le portrait de Dorian Gray (trad. Jaloux), 1928.djvu/193

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— Si vous tentez de le faire, Basil, sur mon honneur, je ne vous parle plus de ma vie. Ce que je dis là est très sérieux. Je ne vous donnerai aucune explication, vous ne m’en demanderez aucune. Mais retenez-le bien : si vous touchez cet écran, tout est fini entre nous.

Hallward resta comme foudroyé. Il fixait sur Dorian Gray un regard de complète stupéfaction. Jamais encore il ne l’avait vu dans cet état. Il était pâle de colère. Ses mains se crispaient. Ses pupilles dilatées semblaient deux disques de flamme bleue. Il tremblait de tous ses membres.

— Dorian…

— Non, ne parlez pas !

— Mais qu’avez-vous donc ? C’est bien, je ne regarderai pas le portrait, puisque cela vous contrarie, dit sèchement Basil. Et tournant les talons, il alla vers la fenêtre. Mais enfin je trouve un peu ridicule de ne pouvoir regarder l’un de mes tableaux ; d’autant plus que je dois l’exposer à Paris, cet automne. J’aurai vraisemblablement à le revernir pour la circonstance. Il faudra donc bien que je le voie un jour. Pourquoi pas aujourd’hui ?

— L’exposer ? Vous voulez l’exposer ? s’exclama Dorian Gray.

Une étrange terreur l’envahissait. Eh ! quoi ! Son secret serait livré au public ? Les gens s’arrêteraient, bouche bée, devant le mystère de sa vie ? Non, c’était impossible. Vite, il fallait parer au danger — mais comment ?…