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Page:Wilde - Le portrait de Dorian Gray (trad. Jaloux), 1928.djvu/195

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Il vint donc tout près de lui, et le regardant bien en face :

— Basil, dit-il, nous avons chacun notre secret. Confiez-moi le vôtre et je vous dirai le mien. Pour quel motif refusiez-vous d’exposer mon portrait ?

Le peintre frissonna malgré lui.

— Si je vous le disais, Dorian, vous m’aimeriez peut-être moins, et certainement vous ririez de moi. Or, de votre part, ces deux attitudes me seraient cruelles. Si vous tenez à ce que je ne voie plus le portrait, je le veux bien. J’aurai toujours la ressource de vous regarder vous-même. S’il vous plaît que ma plus belle œuvre reste cachée au monde, j’y consens. Votre amitié m’est plus chère que tout renom et que toute gloire.

— Non, Basil, insista Dorian Gray. Il faut me dire pourquoi. N’ai-je pas un peu le droit de le savoir ?

Ses craintes s’étaient dissipées. La curiosité avait pris leur place. Il était résolu à pénétrer le secret de Basil Hallward.

— Asseyez-vous, Dorian, dit le peintre, visiblement troublé. Asseyez-vous, et répondez d’abord à cette seule question. Avez-vous observé dans le portrait quelque chose d’étrange ? quelque chose qui, probablement, ne vous avait pas frappé au début, mais qui s’est révélé tout à coup à vos yeux ?

— Basil ! s’écria le jeune homme. Et ses mains tremblantes s’accrochèrent aux bras du fauteuil. Et ses yeux fixèrent sur Basil leur épouvante folle.

— Vous l’avez observé, je vois. Ne parlez pas. Écoutez d’abord ce que j’ai à vous dire. Du jour où je