blants. La voici. Une minute, le temps de la tirer du trousseau. Mais vous ne songez pas à vivre là-haut, monsieur, quand vous avez ici une installation si confortable ?
— Mais non, mais non ! lança-t-il, impatienté. Merci, ma bonne Leaf. C’est parfait.
Elle s’attarda quelques instants, bavarda sur une menue question de ménage. Il lui dit, en soupirant, de faire ce qu’elle jugerait le mieux. Elle se retira, fondue en sourires.
La porte refermée, Dorian mit la clef dans sa poche et, des yeux, parcourut la chambre. Son regard tomba sur une draperie de satin pourpre, surchargée de broderies d’or, admirable travail vénitien de la fin du xviie siècle, que son grand-père avait trouvé dans un couvent, aux environs de Bologne. Voilà qui envelopperait parfaitement l’horrible objet. Peut-être cette draperie avait-elle déjà servi bien souvent de drap mortuaire. Ce qu’elle aurait à couvrir, cette fois, était en proie à une corruption bien particulière, pire que celle de la mort, et destiné à engendrer des horreurs, sans cependant jamais mourir. Sur cette peinture, ses péchés exerceraient l’office des vers sur le cadavre. Ils en attaqueraient la beauté, ils en rongeraient la grâce, ils en feraient, à force de souillures, un objet de dégoût, mais qui subsisterait quand même et resterait toujours vivant.
Il eut un frisson et regretta un instant de ne s’être pas ouvert à Basil du vrai motif qui l’avait poussé à cacher le portrait. Basil l’eût aidé à se défendre contre l’influence de lord Henry, contre les influences plus délétères