— Les personnes sont là, monsieur.
Il sentit qu’il fallait au plus vite éloigner ce valet, ne pas lui laisser voir où l’on chambrait le portrait. Il y avait dans son air quelque chose de sournois ; le soupçon et la traîtrise se lisaient dans ses yeux. Dorian, s’asseyant à son bureau, griffonna deux lignes : il demandait à lord Henry de lui renvoyer par le porteur quelque chose à lire, et lui rappelait qu’ils avaient rendez-vous, le soir même, à huit heures quinze.
— Vous attendrez la réponse, dit-il, en remettant le billet. Faites entrer ces hommes.
Deux ou trois minutes plus tard, on frappa de nouveau à la porte ; et le célèbre encadreur de South Audley Street, M. Hubbard en personne, s’avança, assisté d’un jeune compagnon de mine assez grossière. M. Hubbard était un petit homme au teint fleuri, aux favoris fauves, dont l’enthousiasme artistique était considérablement refroidi par l’insolvabilité invétérée de la plupart des artistes qui traitaient avec lui. En général il ne sortait pas de sa boutique. Il laissait venir à lui les gens. Mais il dérogeait toujours à cette règle en faveur de Dorian Gray, dont le charme indéfinissable agissait sur tout le monde, dont la seule vue était déjà un plaisir.
— Que puis-je pour vous servir, monsieur Gray ? demanda-t-il, en frottant ses grosses mains couvertes de taches de rousseur. Je me suis fait un honneur de venir moi-même vers vous. Je viens justement, monsieur, de mettre la main sur un cadre de toute beauté. Une trouvaille que j’ai faite dans une vente. Du Florence ancien. Ça sort de Fonthill, je crois. Conviendrait