Les cheveux perdraient leur lustre. La bouche, aux lèvres rentrées ou pendantes, deviendrait niaise ou brutale, comme toutes les bouches de vieillards. Avec cela, un cou ridé, des mains froides striées de veines bleues, un corps démoli, toutes les tares qu’il se rappelait chez ce grand-père si dur à son enfance. Il fallait cacher le portrait. Le mal était sans remède.
— Entrez-le, je vous prie, monsieur Hubbard, dit-il, d’une voix basse, en se retournant vers l’encadreur. Je regrette de vous avoir ainsi fait attendre. Je songeais à autre chose.
— Un peu de repos n’est jamais pour déplaire, monsieur Gray ! répondit le petit homme, qui n’arrivait pas à reprendre haleine. Où le placerons-nous, monsieur ?
— Oh ! n’importe où. Ici, ça va. Inutile de le suspendre. Appuyez-le simplement contre le mur. Merci.
— Peut-on regarder cette œuvre d’art, monsieur ?
Dorian eut un sursaut.
— Non, rien d’intéressant pour vous, monsieur Hubbard, dit-il, les yeux rivés sur l’homme, prêt à bondir sur lui et à le terrasser, s’il osait soulever la fastueuse tenture qui voilait le secret de sa vie. Je n’ai plus besoin de vous pour le moment. Il ne me reste qu’à vous remercier d’avoir bien voulu vous déranger.
— Nullement, nullement. Toujours à votre entière disposition, monsieur Gray.
Et M. Hubbard descendit lentement l’escalier. Son aide, derrière lui, se retournait pour regarder Dorian ; et sur ses traits rudes et disgracieux se lisait une admiration