rigoureusement enchaînés, et dont le suprême achèvement serait la spiritualisation des sens.
Le culte des sens a été souvent décrié, et à juste titre : un instinct naturel inspire aux hommes la terreur de passions et de sensations qui leur semblent plus fortes qu’eux-mêmes, et qu’ils ont conscience de partager avec les formes inférieures du monde organique. Mais Dorian Gray estimait que la vraie nature des sens n’avait jamais été bien comprise, qu’ils avaient gardé leur animalité sauvage uniquement parce qu’on avait voulu les soumettre par la famine, ou les tuer à force de souffrance, au lieu de chercher à en faire les éléments d’une spiritualité nouvelle, ayant pour trait dominant une sûre divination de la beauté. Quand il considérait la marche de l’homme à travers l’Histoire, il était poursuivi par une impression d’irréparable dommage. Que de choses on avait sacrifiées, et combien vainement ! Des privations sauvages, obstinées, des formes monstrueuses de martyre et d’immolation de soi, nées de la peur, avaient abouti à une dégradation plus épouvantable que la dégradation tout imaginaire qu’avaient voulu fuir de pauvres ignorants : la Nature, dans sa merveilleuse ironie, avait amené les anachorètes à vivre dans le désert, mêlés aux animaux sauvages ; aux ermites, elle avait donné pour compagnons les bêtes des champs.
Oui, bientôt, selon la prophétie de lord Henry, un nouvel Hédonisme allait paraître qui transformerait la vie et la sauverait de ce puritanisme rêche et grimaçant dont notre époque voit le curieux réveil. Certes, l’Hédonisme accueillerait les services de l’intelligence, mais