étranges instruments qu’on pût trouver, soit dans les tombeaux des peuples disparus, soit chez les rares tribus sauvages échappées au contact des civilisations d’Occident ; et sa joie était de les manier, et d’essayer d’en jouer. Il possédait le mystérieux juruparis des Indiens du Rio Negro, que les femmes ne sont pas admises à regarder, et que les jeunes gens eux-mêmes ne peuvent voir qu’après l’épreuve du jeûne et de la flagellation. Il avait les jarres de terre des Péruviens, d’où l’on tire des cris perçants d’oiseaux ; des flûtes d’os humains, comme celles qu’entendit au Chili Alfonso de Ovalle ; les jaspes verts sonnants qu’on trouve près de Cuzco et qui donnent une note d’une douceur singulière. Il avait aussi des gourdes peintes, remplies de cailloux, qui, lorsqu’on les secouait, rendaient un bruit de crécelle ; et la longue clarin des Mexicains dont on joue, non pas en soufflant, mais en humant l’air ; et le ture rauque des tribus de l’Amazone, dont sonnent les sentinelles, juchées tout le long du jour sur de hauts arbres, et qui s’entend, dit-on, à trois lieues de distance, et le teponaztli, qui se compose de deux languettes de bois vibrantes, et que l’on frappe avec des baguettes enduites au préalable d’une gomme élastique provenant du suc laiteux de certaines plantes ; et les yotl des Aztèques, sortes de grelots suspendus en grappes comme des raisins ; et encore, un énorme tambour cylindrique, couvert de grandes peaux de serpents : Bernard Diaz qui en vit un semblable, lorsqu’il entra avec Cortez dans le temple du Mexique, nous a laissé une saisissante description de sa lugubre résonance. Séduit par le caractère fantastique
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