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Page:Wilde - Le portrait de Dorian Gray (trad. Jaloux), 1928.djvu/229

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de ces instruments, Dorian trouvait un singulier plaisir à songer que l’Art, tout comme la Nature, possède ses monstres aux formes bestiales et à la voix hideuse. Cependant il ne tardait guère à s’en fatiguer. Il revenait alors occuper sa loge à l’Opéra, seul ou avec lord Henry. L’audition de Tannhäuser le jetait dans le ravissement ; il découvrait dans le Prélude de ce chef-d’œuvre une interprétation de la tragédie même de son âme.

À un autre moment il se mit à étudier les pierres précieuses. On le vit, dans un bal costumé, paraître en Anne de Joyeuse, Grand Amiral de France, sous un habit couvert de cinq cent soixante perles. Pendant des années ce goût fut chez lui une hantise, et l’on peut bien affirmer qu’il ne lui passa jamais. Il consacrait souvent des journées entières à classer et reclasser dans leurs casiers les diverses gemmes de sa collection ; entre autres, le chrysobéryl vert olive, qui tire sur le rouge à la lueur des lampes ; la cymophane, que traverse une ligne d’argent ; le péridot, vert pistache ; les topazes, où brillent l’incarnat de la rose et l’or du vin ; les escarboucles, rouges comme le feu, dont les étoiles jettent quatre rais tremblants ; la pierre de cinnamome, à l’éclat de flamme ; les spinelles oranges et violets ; et les améthystes, aux couches de rubis et de saphir alternées. Il aimait l’or rouge de la pierre de soleil, la blancheur perlée de la pierre de lune, et l’arc-en-ciel brisé de la laiteuse opale. Il avait fait venir d’Amsterdam trois émeraudes, d’une grosseur et d’une richesse de ton extraordinaires, et possédait une turquoise de