aux armes du roi, plus cinq cent soixante et un papillons dont les ailes étaient ornées, en même façon, des armes de la reine, le tout fait en or ». Catherine de Médicis s’était fait faire un lit de deuil en velours noir parsemé de croissants et de soleils. Les rideaux en étaient de damas, historiés de couronnes et de guirlandes de feuillage sur fond d’or et d’argent, et bordés sur toute la lisière de motifs de perles. Contre les murs de la chambre, les devises de la reine pendaient en longues rangées, découpées en velours noir sur drap d’argent. Louis XIV avait, dans son appartement, des caryatides hautes de quinze pieds, en broderies d’or. Le lit de parade de Sobieski, roi de Pologne, était fait d’un brocart d’or de Smyrne, où des turquoises dessinaient des versets du Koran ; les supports en étaient de vermeil, richement ciselés et ornés à profusion de médaillons d’émail et de pierreries ; il avait été pris aux Turcs campés devant Vienne, et l’étendard de Mahomet avait flotté sous l’étincelante dorure de son baldaquin.
Ainsi, pendant une année entière, Dorian ne cessa de réunir les plus beaux spécimens de tissus et de broderies qu’il put trouver. Il se procura ces délicates mousselines de Delhi, finement brochées de palmettes d’or et incrustées d’ailes chatoyantes de scarabées ; et ces gazes du Deccan, si diaphanes qu’on les appelle en Orient : « air tissé », « eau courante », « rosée du soir ». Il possédait aussi de curieuses draperies javanaises à personnages ; d’artistiques tentures jaunes de la Chine ; des livres aux reliures de satin fauve et de belle soie