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Page:Wilde - Le portrait de Dorian Gray (trad. Jaloux), 1928.djvu/242

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Jarretière scintillait sur sa poitrine. À côté du sien pendait le portrait de son épouse, pauvre femme pâlotte, aux lèvres minces, de noir vêtue. De celle-là aussi, le sang coulait dans ses veines. Que tout cela semblait donc étrange ! Et sa mère, avec ce visage qui rappelait lady Hamilton, avec ces lèvres fraîches et humectées de vin ? Certes, il savait ce qu’il tenait d’elle : la beauté et la passion de la beauté d’autrui. Elle lui riait, dans sa robe ouverte de bacchante. Des feuilles de vigne ornaient ses cheveux. Un flot pourpre s’épandait de la coupe qu’elle tenait à la main. Les tons chair de la peinture avaient pâli, mais les yeux étaient restés merveilleux de profondeur et d’éclat. Ils semblaient le suivre de place en place.

Outre nos aïeux de race, nous possédons des ancêtres littéraires, dont le type et le tempérament sont encore plus voisins des nôtres, et l’influence sur nous plus clairement définie. À certaines heures, il apparaissait à Dorian que l’histoire entière du monde n’était autre chose que le récit de sa propre vie, non telle qu’il l’avait réellement vécue et dans ses menues circonstances, mais telle que l’avait créée son imagination, telle qu’elle s’était déroulée dans son cerveau et dans ses désirs. Il avait l’impression de les avoir tous connus, ces étranges et terribles personnages qui avaient traversé la scène du monde, faisant du péché une telle merveille et prêtant au mal tant de subtilité. Il lui semblait que leurs existences, d’une façon indéfinissable, avaient été la sienne.

Le héros du merveilleux roman qui avait exercé tant