lui teignit la bouche d’un poison écarlate, pour que l’amant suçât la mort aux lèvres mortes de l’adorée. Pierre Barbo, le Vénitien, connu sous le nom de Paul II, qui voulut, dans sa vanité, prendre le titre de Formosus, et dont la tiare, estimée deux cent mille florins, fut achetée au prix d’un horrible péché. Jean-Marie Visconti, qui lançait sa meute à la chasse d’hommes vivants, et qui, assassiné, fut enseveli sous les roses par une fille de joie qui l’avait aimé. Le Borgia, sur son cheval blanc, escorté du fratricide, et le manteau souillé du sang de Perotto. Pietro Riario, le jeune archevêque de Florence, fils et mignon de Sixte IV, dont la beauté n’avait d’égale que la débauche, celui qui reçut Léonore d’Aragon dans un pavillon de soie blanche et cramoisie, plein de nymphes et de centaures, et qui dora un jeune garçon pour qu’il remplît l’office de Ganymède ou d’Hylas au festin. Ezzelin, dont rien ne pouvait guérir la mélancolie, sauf le spectacle de la mort, et qui avait la passion du sang vermeil, comme d’autres la passion du vin rouge ; fils du Diable, disait-on, il avait triché son père aux dés, dans une partie dont son âme était l’enjeu. Jean-Baptiste Cibo, qui prit par dérision le nom d’Innocent, et qu’un docteur juif ranima en infusant dans ses veines engourdies le sang de trois jeunes hommes. Sigismond Malatesta, amant d’Isotta et seigneur de Rimini, que Rome brûla en effigie comme ennemi de Dieu et des hommes, qui étrangla Polyssena avec une serviette, servit à Ginevra d’Este du poison dans une coupe d’émeraude, et, en l’honneur d’une passion infâme, éleva une église païenne pour le culte chrétien.
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